“C’est avec beaucoup d’intérêt que l’on pourra découvrir Incroyable Horace, le dernier roman du journaliste Christophe Ruaults. En effet, à travers le regard singulier qu’il porte sur son épouse et ses enfants, son héros est ici comme le miroir d’une époque qui confond tout à la fois argent et richesse, statut social et réussite et, au bout du compte, prenant le factice pour l’authentique, marche la tête en bas. Car Horace, littéralement effrayé par l’ambition démesurée de sa femme devenue star du  20 heures de TV1, aurait tout aussi bien pu s’appeler Socrate.

Modeste professeur d’histoire dans un collège parisien plutôt « sélect », auquel les relations de son épouse lui ont permis d’accéder, Horace va, en effet, vivre une crise dont on ne dévoilera pas ici la tonitruante manifestation première. Crise à double face, pourrait-on dire, puisque dans le temps même où il découvre sa compagne aliénée à sa notoriété et corrompue par un milieu social élitiste et vaniteux, il réalise qu’il est lui-même passé à côté de sa vie, non seulement en acceptant  de se soumettre aux vanités encensées par le milieu socio-professionnel de sa femme, mais d’abord en ayant renoncé, dans son enfance, et pour obéir au diktat familial, à sa passion pour la menuiserie. Cette découverte, tout à la fois brutale et inespérée, qui va donner lieu à un véritable road trip au cours duquel notre héros, loin d’être extraordinaire, va arpenter les lieux symboliques de son passé, est ici envisagée avec une profondeur authentique. Car derrière l’apparence un peu badine de son style, derrière laquelle il n’est pas impossible que Christophe Ruaults, qui refuse de se prendre au sérieux, se cache un peu, ce roman jette un regard à la fois vif et sans concession sur notre époque. Par trop désorientée celle-ci, à bien des égards, semble, en effet, avoir perdu le nord d’un art de vivre, d’une sagesse, que le devoir d’euphorie qui la caractérise éclipse trop souvent au profit d’une vision illusoire de la vie, dans laquelle la richesse se réduit à la possession, l’être au paraître, le bonheur à la jouissance et l’échange à la consommation. Sans doute est-ce d’ailleurs la question même de savoir ce qu’est, au juste, faire société, tant dans la sphère privée que dans la sphère publique de l’existence, que souligne l’auteur, ce qui n’est pas la dernière vertu de ce livre qui en possède une autre. La politesse de ne jamais ennuyer le lecteur et l’intelligence de dire en toute simplicité des choses très justes.”

Claude Obadia, La Croix

"Incroyable Horace"